Genève 1992, Renault présente sa Safrane haut de gamme sportif : la Biturbo.

Pour comprendre la volonté de la marque, il faut se re-situer dans le contexte de l'époque :

- La Safrane est celle qui va succéder à la R25. Celle ci avait, à son apogée, une version sportive de 205cv avec son V6 PRV de 2.5 turbocompressé. D'ailleurs sous son capot difficile d'ignorer qu'il y a une adaptation spéciale : la turbine très visible derrière le bloc moteur ressort au milieu des multiples tuyaux qui passent en large et en travers.....une ambiance de bricolage quelque part jusqu'à la plaque "Turbo" collée sur une durite ! L'ère des carters plastic n'était pas encore d'actualité. Sur la route une certitude courante à l'époque : le train avant peine a passer la puissance et le couple brutal au sol. L'intérieur de la R25 est pour sa part loin des références allemandes de l'époque y compris dans la finition Baccara  qui utilise pourtant un cuir de bonne facture (meilleur que l'option cuir du catalogue).

- Renault est très impliqué en Formule 1 et motorise avec son V10 3.5 litres de 700cv l'écurie Williams. Elle est d'ailleurs à l'offensive puisqu'elle travaille au retour d'Alain Prost dans l'écurie pour remplacer Nigel Mansel sur le départ. Cette période ira même jusqu'au délire de 1994 où le V10 est adapté sur deux exemplaires (un pour la Régie et un pour Matra) du Renault Espace pour son 10 ème anniversaire.Cet Espace F1 développait 820cv pour une vitesse de pointe mesurée à 310km/h et 4 personnes à bord !

Fort de ces deux points la marque au losange a pour sa nouvelle Safrane dans sa ligne de mire le marché Allemand. Audi, BMW et Mercedes produisent des hauts de gamme sportifs. V6, V8 et V12 les acheteurs n'ont que l'embarras du choix ! Renault souhaite donc proposer un modèle "ultra" sportif et une finition haut de gamme pour redorer le blason français d'antant. Seulement voilà sa motorisation la plus noble se trouve sous le capot de l'Alpine A610 avec le V6 turbo PRV en 3.0 litres poussé à 250cv par le préparateur allemand Hartge spécialiste BMW. Afin de mieux coller a l'identité statutaire de la voiture, Hartge concocte une nouvelle évolution du fameux V6. Exit le gros turbo qui souffle fort avec un temps de réponse conséquent, ce sont deux petits turbos qui sont greffés gage de puissance, réactivité et de douceur (relative). Après de multiples essais de puissance et de fiabilité c'est celle de 268cv qui est retenue, les 280cv d'origine étant jugés trop risqués pour la transmission. Elle permet à la Safrane d'atteindre déjà les 250 km/h avec une bride électronique. Les mauvaises langues de l'époque disaient d'ailleurs que la bride n'avait pas le temps d'intervenir puisque la voiture fût mesurée à 245km/h seulement.

Pour passer cette "cavalerie", Renault table sur sa transmission intégrale quadra commercialisée également sur d'autres modèles de la gamme et de la marque (R21 ou Espace). Le poids de l'auto s'en ressent ...1.8 t à vide ! Cette transmission est associée à la suspension pneumatique pilotée ( en option à 13 650 F sur les finitions RXE de la gamme) dont le système logé dans l'angle gauche du coffre offrait un confort proche des Citroen XM, (présentée d'ailleurs dans ce blog) équipée de la suspension hydractive. Dans cette configuration la tenue de route permet à la Safrane de tenir la dragée haute aux allemandes à propulsion. Seule Audi et sa fameuse transmission Quattro semble hors de portée. La boîte de vitesses mécanique à 5 rapports est la seule alternative retenue pour coller au profil de l'auto. Elle ne sera pas d'ailleurs à la fête, les cas de casses étant assez répandus ! Renault ne pouvait d'ailleurs pas faire développer une boîte automatique spécifique et la boîte ZF à 4 rapports ,disponible à l'époque, était inadaptée et trop cassante (même avec beaucoup moins de puissance et de couple). Pourtant les allemands (la cible) maîtrisent totalement les grosses puissances et les boîtes automatiques. Même les préparateurs comme AMG les reprennent pour les versions encore plus explosives.

Pour ce qui est de la carrosserie, elle est spécifique avec notamment des roues de 17'', un bouclier avant largement ajouré pour faire respirer la mécanique, ou encore un hayon avec bequet intégré ainsi que la fameuse sortie d'échappement ovale. Là aussi c'est la filière allemande qui est privilégiée avec la marque Irmscher (spécialiste Opel) qui recevait les caisses avant de les envoyer chez Hartge pour la partie moteur. 

Une fois la mécanique et technologie sélectionnée, Renault se devait de présenter la voiture dans une finition digne de ces ambitions. C'est donc en toute logique que la finition Baccara est sélectionnée. L'habitacle devait montrer tout le savoir faire français pour ce produit volontairement fabriqué en Allemagne pour espérer être adopté par ce même marché. Le cuir "pleine fleur" est à la hauteur et le désormais traditionnel rangement de vêtements dans la housse en cuir sous la plage arrière en bonne place. Les sièges avants aux multiples réglages électropneumatiques et aux multiples boutons marquent les esprits ! Le radio téléphone est en bonne place lui aussi signe, à l'époque, de haute technologie embarquée. Le levier de vitesse en ronce de noyer sans indications de rapports et à la forme étonnante est situé face à l'imposante trappe plaquée bois sensée cacher la hi-fi. La planche de bord est celle d'une simple 2.0 i de 115cv . Seul le tachymètre est gradué jusqu'à 280 km/h. Pour ceux qui espéraient un compteur sport, des manomètres ici ou là passez votre chemin. Seul la plaquette "Biturbo" collée sur la portière vous donne un indice. La curiosité se situe en fait côté passager ! En effet certain en lisant ces lignes se diront "ah ben oui c'était comme ça !" Alors voilà : les premières Safranes n'étaient pas pourvues de l'airbag passager. Face à la concurrence allemande on y était pas et la copie a été revue dès la deuxième année de production. Mais ce deuxième airbag a pris la place de la boîte à gants basculante ! Vous savez celle qui quand vous l'ouvrez du fond du siège vous interdit de voir ce qu'il y a dedans !! Ça vous reviens ?? Mais alors sans boite à gants quid des livres de bord dont celui très épais de la hi-fi ? Pas de problème....un soufflet en skaï est cousu le long de la radio (photo ci-dessous). Je vous le concède cela fait un peu du "maman bricole".et encore je vais vous épargner la photo de l'airbag endommagé sur le haut par la personne qui pensait à juste titre qu'une Safrane avait forcement une boîte à gants et a donc de bonne fois décollé la garniture !

Pourtant la commercialisation de ce nouveau fleuron s'averera être chaotique et truffée d'embuches. La mise au point tout d'abord a fait reculer la commercialisation initiale de presque 2 ans. Les sous traitants allemands donneront certes la sensation d'exclusivité à la voiture mais justement la mécanique est exigente en entretien et la carrosserie spécifique hors de prix à la façon d'une Clio V6 phase 1 montée chez TWR quelques années plus tard. La suspension pour sa part a été ( comme sur les autres Safranes également équipées) très capricieuse. Une véritable usine à gaz où parfois la préconisation du réseau était de la ...supprimer pour remettre une suspension métallique classique ! Les consommations n'avaient pas de mal par contre à rivaliser avec les allemandes ! (18 litres en ville...) Enfin son prix de vente sera le prix de l'exclusivité et là aussi à la hauteur de la conccurence ! A 430 800 F en 01/1995 on est au dessus des BMW et autres Audi et au tarif d'une Mercedes 420 E ! Une finition inférieure moins connue était au catalogue : la RXE Biturbo pour... 393 800 F. Une Safrane V6 i (170cv) à finition équivalente RXE était à 265 800 F et une 2.5DT (115cv) plus représentative de la motorisation plus largement répandue à 248 300 F (toujouts en RXE). Cette finition sera d'aillurs remplacée par l'Ellipse" pour les années 1995 et 1996.

Au final la production atteindra 806 exemplaires dont 400 pour la France. La Safrane biturbo ne parviendra jamais à séduire outre rhin ni même en Suisse qui a été certainement son troisième marché. Pour la petite histoire chez nous un ancien homme d'affaire et homme politique qui était à l'époque en délicatesse avec la justice en possédait 2 placées (et malheureusement bloquées) en fourrière en même temps qu'un voilier très connu saisi lui aussi.

Valeur de transaction : 10 000€

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