Nous voilà donc en 1977 date du lancement de la Bagheera phase 2. Dès lors l'idée d'une super Bagheera 2.0 litres plus sportive et plus puissante germe en interne. Le style de la Bagheera évolue de mois en mois, s'affine de maquettes en maquettes avant d'être arrêté en vu d'une prochaine commercialisation. Les mulets tournent et Matra veut sa nouvelle sportive agressive. Le parallèle est fait avec la murène, ce poisson caché dans les rochers qui surgit comme l'éclair. La Murena est née.

Pourtant tout n'est pas rose. Chrysler repris par Peugeot (PSA) en 1979 va brouiller quelque peu les pistes. Matra qui était en partie propriété de Chrysler se voit, pour sortir sa voiture contraint de devoir piocher dans la banque d'organe PSA nouvel actionnaire de Matra Automobile à 45%. Si Matra veut une super Bagheera 2.0 litres, Peugeot souhaite une voiture moins puissante pour être plus accessible et sans lui faire de l'ombre. D'ailleurs il n'est pas question que ce soit une Peugeot mais bien une Talbot comme la fameuse Rancho de la même maison Matra sortie en 1977. Si l'idée du 2.0 litres comptait sur la version du moteur d'origine Chrysler, Matra retrouve un autre bloc 2.0 litres chez PSA conçu conjointement avec Renault. Cette dernière voyant la réalisation d'essais concluants finira par opposer son véto à son implantation dans la Murena car elle estime que la Murena sera concurrente directe de son coupé "Fuego" à venir. Matra se voit alors contraint d'implanter faute de mieux le 1.6 litres disponible chez PSA afin de rester dans le bon timing pour la commercialisation prévue. En parralèle le 2.0 litres Chrysler est à nouveau à l'étude mais Matra souhaite le récupéré dans sa dernière définition puisque de son augmentation de cylindrée a été poussée à 2.2 litres pour le bien du futur haut de gamme Talbot : la Tagora.

Face à la baisse sensible des volumes de vente des Bagheera, la Murena est donc commercialisée fin septembre 1980 avec le seul 1.6 litres 92cv d'origine Simca qui date en fait de ...1967 ! Le 2.2 litres de 118cv est toujours en test ne sera commercialisé qu'au mois de février 1981 obligeant la marque à refaire une nouvelle campagne de lancement avec le concours du regretté J.P Beltoise disparu en cette fin 2014. La Murena modernise et corrige les défauts de sa devancière Bagheera tant sur le plan mécanique que sur les trains roulants ou encore le problème de corrosion perforante importante largement amélioré par la galvanisation à chaud du châssis. L'habitacle se veut plus consensuel et moins original que la Bagheera même s'il conserve la particularité des 3 places avants. Toutefois la Matra peine à faire sa place dans le réseau Talbot lui même en porte à faux avec le réseau de la maison mère Peugeot. La Murena née Talbot-Matra se retrouve dans le réseau Peugeot-Talbot au milieu de berlines traditionnelles plutôt insipides. Bref la Murena se vend à la condition que le client la réclame.

En parallèle aux modèles au catalogue, Matra travaille à des évolutions moteurs pour sa Murena et parfois en relation étroite avec le monde de la compétition. La marque retravaille donc le bloc 2.2 litres qui passe sa puissance à 175cv qui sera testé en compétition sur une Simca. Il sera même suralimenté par Porsche à la demande de Peugeot pour l'implanter sous le capot de sa 505. Commercialisée en 150cv, la 505 turbo le sera par la suite en 160 puis en 180cv avec le rajout d'un échangeur air/air et même en 200cv pour la version Danielson dont la modification est disponible sur commande et montée dans le réseau (évolution moteur que l'on retrouvera d'ailleurs sous le capot du premier mulet de la MVS Venturi). Finalement Peugeot se réserve la primeur de la version turbo obligeant Matra à ne proposer qu'une version dérivée du 2.2 i de 118cv mais plus modeste avec 142cv nommée officiellement "préparation 142". Si les performances sont meilleures, la Murena semble plus sportive sans faire d'ombre à Peugeot. Ce kit était livré par Matra au réseau Peugeot-Talbot pour sa mise en place sur commande. Une deuxième plaque constructeur concernant l'homologation était collée au dessus de la plaque alu d'origine et la carte grise avait un type mine modifié. Coûteux et connu essentiellement des connaisseurs, seuls 74 kits seront commercialisés. Finalement le kit pourra être monté à l'usine pour l'ultime millésime 1984 sous la version exclusive "Murena S" seule Murena au catalogue cette année là. 480 Murena S seront produites dont seulement 90 blanches, les moins courantes.

Si Matra pousse son modèle, Peugeot Talbot le subit indéniablement, en prise lui même à des difficultés financières importantes et qui met toutes ces forces dans la bataille dans son nouveau modèle sur lequel repose tous les espoirs et dont la sortie est annoncée pour 1983 : la 205. Le réseau Peugeot-Talbot est avant tout Peugeot puis Talbot. Alors une Matra badgée Talbot ne motive pas grand monde. Pourtant les connaisseurs reconnaissent de grandes qualités routières sous exploitées même avec 142cv pour cette Matra.

La production sera stoppée en juillet 1983 avec "seulement" 10680 exemplaires  avec 5640 1.6 litres 92cv, 4560 2.2 litres 118cv (dont 74 prépa 142) et donc 480 "S" de 142cv d'origine. Par millésimes cela nous donne 4440 exemplaires pour 1981, 3720 exemplaires pour 1982, 2040 exemplaires pour 1983 et 480 pour 1984. 

Compte tenu des possiblilités de son châssis, d'autres motorisations ont bien été envisagées sur la Murena. La plus monstrueuse est certainement l'implantation logique et très méconnue du V12 de compétition. Si la boîte de vitesses Porsche et le train arrière de la 670B du Mans sont conservés, le V12 voit sa puissance limitée à 300cv plus encaissable, moins energivore mais aussi bien plus puissant que le projet précédent de Bagheera U8 (évoquée dans mon précédent billet). Alors là oui l'adaptation sera très complexe à réaliser trop complexe en fait, un bout du moteur devant se trouver à en partie dans l'habitacle en lieu et place de la place centrale. et la batterie entre les deux sièges faute de place ! Cette V12 aurait été une 2 places...

D'autres versions de routes ont également été étudiées. Matra se tourne vers les développements compétions qui sont réalisés par des sociétés indépendantes. L'une d'elle a mis au point une culasse multisoupapes. Après plusieurs modifications techniques importantes, le moteur 2.2 16v sort 175cv et effectue des essais routiers sur un mulet. Cette Murena spéciale frôlera les 230km/h lors des tests améliorant sensiblement les performances d'origine et pouvant être comparées au 2.2 de 155cv visible sous le capot des Lotus Esprit et surtout sous le capot de la Talbot Sunbeam championne du monde des rallyes. Deux mulets dont un homologué pour la route seront motorisés par ce moteur. Cette évolution n'interresse pas Peugeot et reste donc sans lendemain.

Dernière tentative d'une implantation d'un moteur plus musclé sous le capot de la Murena, c'est bien sur celui du 2.2 turbo destiné à la 505. Peugeot ne balaye pas l'idée et le travail commence chez Matra. Hélas il faut se rendre à l'évidence : la surchauffe moteur générale liée à la suralimentation oblige à repenser totalement le refroidissement de la voiture touchant ainsi en profondeur le châssis et la carrosserie. Compte tenu qu'il ne s'agit pas là d'une réorganisation mécanique simple et face au surcôut important lors de la production que celà va entrainer, la tentative tourne court.

D'autres tentatives réalisées par de petite structures, pour la compétition (160, 200, 285, 310 ou 360cv voir même une biturbo de 530cv) ou par des amateurs seront effectuées car le châssis de la voiture était jugé excellent et à gros potentiel. Parmi elles la version Chapron dite "Chimère" est certainement la plus connue... des inconnues. Enfin le châssis de la voiture inspirera même des spécialistes dans les répliques de Ferrari Testarossa Lamborghini Countach ou encore BMW M1 !

Avec 47 796 Bagheera et 10 680 Murena ce sont dont 58 476 coupés 3 places qui seront immatriculés et comme souvent derrière une aventure automobile il y a une aventure humaine avec des hommes guidés par la passion qu'il faut saluer et remercier. Parmis eux Jean Luc Lagardère, Gérard Larousse, Philippe Guédon et toute sa bande de l'ombre hyper importante et performante ainsi que Jean Pierre Beltoise pilote, pilote essayeur et commercial aussi pour la partie communication.

Valeur de transaction : de 1000 à 10 000€ selon la version et surtout selon l'état.

48327051

 

Une des 74 versions "préparation 142" :

Matra_Murena_2

murena_av

 

 

La 1.6 :

Talbot_Matra_Murena_hl_red

 

La "S" de 142cv :

71887910

dscn9717

DSCN0435

 

L'étude V12 :

murena09

 

La 2.2 i 16v de 175cv :

5086274697_f2fedae090_b

 

3MrBn61

 

La Chapron "Chimère":

murena10

Photos internet