Volvo a toujours été un constructeur à part dans la production automobile. Les années 70 sont celles des séries 200 sous forme de berline massive, de break aux allures d'armoire normande voir de coupé aux lignes plus fluides et produits chez un certain Bertone en Italie.Mais la 66 est là, au catalogue, et ne ressemble pas du tout à sa grande soeur que ce soit dans les gènes, sur le plan esthétique et surtout sur le plan technique. Et pour cause, Volvo est venu peu de temps avant en aide au Néerlandais DAF situé dans le sud à Eindhoven, en grosse difficultés financières sur sa branche véhicules légers de tourisme. Constructeur de poids-lourds, DAF s'est pourtant essayé dès 1958 à l'automobile avec d'étonnantes voitures de petites tailles. Leur format passe partout cachent une technologie décalée pour ne pas dire en avance le tout pour un prix abordable. Moteur Bi- cylindres essence (comme les voitures d'aujourd'hui 3 ou 2 cylindres), transmission à variateur (la tendance d'aujourd'hui est à la boîte auto ou à double embrayage), Daf a de nouvelles dimensions en vue pour sa division auto dont la production est compliquée puisque l'assemblage a lieu sur les chaînes poids lourds où la cohabitation devient de plus en plus délicate avec les volumes de production croissants. Cette expansion passe par l'implantation d'une nouvelle usine. Cet investissement forcément très lourd suivi de volumes de ventes décevants vont mettre dans le rouge le groupe au point de faire appel à Volvo pour la soutenir financièrement, puis la sauver pour enfin l'absorbée.

Pour comprendre la Volvo 66, il faut faire un come back sur DAF. Nous sommes au début des années 50 et la marque de poids-lourd, souhaite se diversifier. L'idée d'une voiture était déjà née dans les esprits et ce depuis 1943 avec un petit véhicule de 80cms de large et la marque est persuadée qu'après la guerre, la population voudrait rapidement des véhicules particuliers pour se déplacer. Le marché de 1950 est déjà très concurrentiel et DAF a son idée de l'automobile sur un créneau quelque peu déserté. Cette idée est de concevoir un véhicule de petite taille, adapté au milieu urbain ou péri-urbain, confortable, simple de conception et d'utilisation, pas cher et facile à conduire. Suite à l'étude de marché, le projet s'affine et prend forme peu à peu. La voiture doit être familiale mais avec une motorisation de petite cylindrée et une transmission automatique simplissime. Cette transmission sera la marque de fabrique de la marque. Il s'agit du fameux Variomatic, en clair une transmission à variation continue basée sur des courroies en caoutchouc et des poulies. En 1955, les pré-séries sortent des chaînes de montage et sont testées, camouflées le tout sur des routes volontairement souvent désertes. Le projet est audacieux car mécanique et transmission sont totalement nouveaux. C'est en 1958 que la DAF 600 est présentée aux Pays Bas. Les ambitions de la marque sont alors importantes mais limitées aux seuls pays européens. Cette 600, 3 portes à coffre possède un design réalisé en interne par soucis d'économie. Sous son capot c'est un bicylindres de 600cm3 pour 22cv qui est placé devant les roues avants afin d'équilibrer la répartition des masses, la transmission automatique étant disposée à l'arrière. Cette Variomatic est rapidement décrite comme la transmission aux mille vitesses, tant elle est souple et l'illusion d'avoir un nombre de vitesses est infini. Son habitacle est simple, la radio disponible, la surface vitrée impressionnante pour l'époque et le coffre est spacieux. Une version utilitaire pick-up est rapidement déclinée ainsi qu'une version tôlée van. Une évolution de 30cv suivra permettant à la 600 de passer de 90 à 105km/h en pointe. La DAF Variomatic est bien née et sa succession assurée à travers la Daffmobil des années 60 puis la 33 et la 44 toujours à motorisation 2 cylindres.

C'est en 1968, que la marque signe un accord avec Renault pour la fourniture d'un moteur 4 cylindres 1.1 litres : le fameux Cléon. L'objectif est de faire prendre la route à cette DAF qui possède beaucoup de qualité mais dont le périmètre d'utilisation reste finalement trop limité et dont la perception du grand public est mitigée. En effet après quelques années de commercialisation avec un réseau quelque peu minimaliste, la voiture avec son moteur de "voiturette sans permis" séduit les femmes, ceux qui détestent conduire et les... "handicapés". Et oui à cette époque, dans cette catégorie, la boîte automatique signifie clairement que l'on est une personne à mobilité réduite. La vraie conduite, le vrai plaisir c'est la boîte manuelle ! Néanmoins, cette DAF dite 55 forte de 50cv sera même rejointe par un coupé auprès de la berline et du break qui existaient déjà avant. Mais 15 ans après le lancement du produit, DAF est contraint de faire des campagnes d'explications pour sa boîte de vitesses avec des slogans chocs comme pour la France avec le fameux : Daf ménage vos nerfs !

Le début des années 70 verront des améliorations apportées aux modèles de série sur le plan des niveaux de finition proposés mais également techniques, grâce à l'implication quasi obligée de la marque dans le compétition automobile afin de démontrer les grandes capacités de sa technologie. La gamme s'est quelque peu étoffée puisque 3 moteurs sont disponibles : le 2 cylindres de 34cv, le 1.1 litres Renault badgé Daf de 55cv et le 1.3 litres Renault également de 57cv pour un poids à vide de plus ou moins 800 kilos seulement. Côté transmission DAF ne monte que le système à variateur dit Variomatic sur ces véhicules. Il a été ici nettement amélioré et surtout condensé. Atypique à cette époque dans la catégorie, cette transmission possède un  fonctionnement dit à "l'automatique" et la voiture ne possède donc que deux pédales. Si le moulinage caractérise encore aujourd'hui ce type de boîte, il faut bien reconnaître qu'au quotidien, elle s'avère très agréable apportant une douceur non négligeable dans une utilisation urbaine ou péri-urbaine

Constatant que la production de 100 000 voitures /an est insuffisante pour rester seul et se développer, Daf profite du lancement de sa 66 en 1972 pour signer un accord de coopération avec le Suédois Volvo avec surtout prise de participation financière.DAF espère alors écouler en ce début d'années 70 environ 200 000 exemplaires de sa 66 tout en épongeant sa dette importante liée à sa nouvelle usine. L'acheteur d'une DAF possède alors un profil très particulier comme celui par exemple des SAAB cherchant à travers cet achat un design original et une technologie spécifique. Au delà de se faire remarquer socialement par sa voiture il a la particularité d'avoir un état d'esprit différent, plus "tendance" selon lui, un peu comme les processeurs de véhicules électriques voir de certains hybrides d'aujourd'hui à carrosserie spécifique (la Toyota Prius par exemple).

Mais cela ne suffira pas et l'aventure DAF Automobile s'arrêtera en 1976, Volvo rachetant les dernières parts de la marque.  L'armée Néerlandaise passera bien commande de 1200 DAF 66 certains dirons façon "Jeep" de part sa carrosserie spécifique, moi je dis façon "Mehari" comme pour l'armée française compte tenu des capacités techniques limitées en tout terrain des deux autos. Quoi qu'il en soit, cette commande restera insuffisante pour atteindre les volumes de production et de ventes envisagés et ne suffira pas à sortir DAF de la zone rouge.Volvo se retrouve donc avec une marque automobile qui initialement l'interressait pour élargir sa gamme vers le bas mais qu'elle souhaite faire finalement disparaître tout en profitant d'un modèle achevé puisque en cours de commercialisation. La Daf 66 sortie en 1972, qui cache sous son capot des moteurs plus gros à 4 cylindres sont commercialisés simultanément sous les marques Daf et Volvo.

La DAF 66 devient Volvo 66 en quelques semaines le temps d'adapter la calandre et le volant pour changer de logo ! Fidèle à sa réputation, Volvo améliore sensiblement la partie sécuritaire de l'auto en mettant par exemple des pare-chocs imposants homologués pour le marché US (marché important en volume pour Volvo) ou encore un pare brise feuilleté. Le traitement de la corrosion est revu façon Volvo tout comme la planche de bord qui reçoit un nouveau graphisme et intègre des voyants.

La DAF 66, devenue Volvo 66 achèvera sa carrière en 1980, la version Daf étant pour sa part importée en France jusqu'au millésime 1977.La Daf était alors au catalogue pour des tarifs allant de 16 600 à 19 000 Francs, la version Volvo plus haut de gamme étant sur plus ou moins 25 000 F prix comparables à ceux d'une VW Polo d'alors. Spartiate à l'origine, l'habitacle s'est quelque peu embourgeoisé chez Volvo, mais les caractéristiques techniques initiales ont toujours été préservées. La transmission à variation continue se retrouvera sur plusieurs modèles européens pendant encore une bonne décénnie comme sur les Ford Escort ou Orion mais aussi dans le groupe Fiat avec la Panda, Uno ou Tipo sans oublier la Lancia Y10. Aujourd'hui cette transmission a été redéveloppée au Japon, rapidement par Subaru, qui reprenait au début des courroies Daf, puis plus récemment par le fabricant de boîtes de vitesses Aisin pour l'adapter à certains modèles du groupe Toyota (qui détient des parts dans Aisin) pour les modèles hybrides Toyota et Lexus. Audi s'est pendant un temps laissé tenté par une boîte à variateur mais à chaîne, chaîne incassable et garantie à vie soit disant. Hélas la fiabilité de cette boîte dite Multitronic bien qu'agréable n'était pas au rendez vous (casse de chaînes) et ne supportait pas les motorisations supérieures à 200cv mais également en dessous de ce seuil en cas de transmission intégrale quattro. Trop fragile, la marque préféra développer la boîte DSG à double embrayage en compléments des boîtes auto Tiptronics.   

Avant de disparaître, fort de sa "jeune" expérience, DAF travaillait sur deux projets ambicieux. L'un était une version à transmission intégrale toujours Variomatic et motorisé par un moteur 1.8 litres Ford revu par Cosworth avec 220cv (vu sur l'Escort RS). L'autre était un projet d'une voiture plus grosse : le projet P900. Cette étude sera récupérée par Volvo et commercialisée sous la série des 300. Mais ceci est une autre histoire. A suivre...

Valeur de transaction : 1000 à 2000€

 La Volvo/Daf 66 :

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Le moteur Cléon bien connu. Un prototype à moteur Gordini sera testé en usine :IMG_0002-1

 

Les différentes carrosseries de Daf, ancêtre de la Volvo :

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L'implantaion Daf : le moteur très en avant et le système Variomatic à l'arrière :

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La version militaire des Pays Bas :

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Daf étaient impliqué en rallye :296442daf_1ldf

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La formule 1 Daf avec son Variomatic :tecno-daf-museum

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Le concept de 1943 :tumblr_ovk976tmn71wvo5ceo1_500

photos internet