En cette fin des années 60, Volkswagen traverse une période quelque peu perturbée sur fond de rachats et d'absorbtion de ces principales marques concurrentes nationales d'alors. Côté gamme et créativité, elle est articulée autour de rares modèles, tous, avec des vielles mécaniques disposées à l'arrière comme l'antique mais pas encore mythique Coccinelle toujours bon pied bon oeil ! La haute direction de la marque décide enfin de faire bouger les choses et envisage de lancer non pas un mais plusieurs modèles économiquement viables et accessibles financièrement. Cette approche passera par l'idée de moteurs, châssis et boîtes de vitesses et autres pièces communes en envisageant surtout de changer sa technologie du tout à l'arrière. Pour l'heure le projet interne est de concevoir une berline en propulsion mais avec un moteur disposé à l'avant et refroidi par eau. En parallèle, Porsche présente son idée qui est de disposer le moteur en position centrale arrière, philosophie chère à la marque. C'est l'approche via Auto Union qui est retenue avec un moteur et une traction situés à l'avant. Fort de cette orientation, la marque souhaitant également le remplacement du coupé Karmann Ghia arrivé en fin de vie (photo) et développé sur la base de la Cox, c'est le centre de design Ital Design avec un certain Giugiaro qui réalise les premiers croquis du nouveau coupé. Karmann n'est qu'un simple sous traitant de VW et justement il décide, pour remporter le marché, de s'investir personnellement dans le projet alors même que la marque VW hésite encore à se lancer à fond sur le projet de sa berline qui remplacera la Cox. Toutefois la maison mère voit d'un très bon oeil cette implication pour des raisons évidentes d'économies d'études et développements mais va fournir toutes les pièces communes pour celle qui deviendra la Golf. Ital design intègre donc tous les composants nécessaires dans le coupé dont les lignes s'affinent de plus en plus avec la réalisation de maquettes.

C'est en 1972 que la première maquette grandeur nature est présentée à VW. La marque qui a des ambitions mondiales valide le projet qui sera donc assuré exclusivement par Karmann qui débutera son industrialisation en octobre 1973. Abordable, ce coupé 3 portes se veut économique sur fond de second choc pétrolier avec un petit moteur de 1.1 litre pour 50cv dont l'implantation sous le capot sera toutefois difficile de part sa conception mais également à tendance sportive avec des 1.5 litres de 70 et 85 chevaux. Deux longues années de mise au point seront nécessaires pour celui qui va devenir le Scirocco et si l'histoire retient la Golf comme modèle clé de 1974, elle a pourtant été devancée de quelques mois par le coupé Scirocco ! Un vent nouveau souffle alors à Wolfsburg, vent nouveau puisque la Golf provient de l'idée du Gulfstream (avant d'être plus sportive avec le Golf comme on le connaît d'où la Polo) et le Scirocco provient du fameux vent de désert africain.

C'est donc en mars 1974 que ce coupé est officiellement commercialisé. Les difficultés d'industrialisation et de mise au point (notamment pour la version américaine plus exigeante en sécurité et pollution) ont laissées des traces jusque dans la tarification et la période d'inflation n'explique donc pas tout à elle seule. Le Scirocco est bien plus cher que prévu et il ne peut compter que sur sa ligne pour se justifier. Karmann seul à assurer la production transpire à grosses gouttes du fait de la cadence à assurer et des soucis pour l'approvisionnement des pièces. Néanmoins les essais presses très positifs rassurent, la ligne est racée même si la concurrence est déjà bien présente sur ce créneau qu'elle soit nationale avec la fameuse Ford Capri sortie en 1969 et l'Opel Manta sur le marché depuis 1970 ou qu'elle vienne d'Italie avec Fiat et surtout Alfa Romeo avec sa délicieuse Sprint. La France n'a que ces coupés Renault 15 et 17 à opposer. Seul Matra avec sa Bagheera sort véritablement du lot avec son coupé 3 places de front (déjà traité dans mon blog).

La gamme Scirocco de 1974 s'articule finalement autour du seul bloc 1.5 litres mais avec deux puissances de 70 et 85 chevaux, la version 1.0 litre 50cv n'étant pas encore prête. Deux finitions sont proposées pour chaque moteur : LS et TS sachant que la 70cv est proposée avant tout en LS, la version TS 70 ne l'étant que sur commande et inversement pour la 85cv, c'est à dire TS 85 disponible et LS 85 sur commande. Ce bridage volontaire est là pour ne pas éparpiller la production en plein rodage. Si vous avez en tête le "regard" du Scirocco avec ces doubles optiques, les versions d'accès de gamme possédaient des phares rectangulaires bien plus simples (photo) et sans réel charme. La version de 50cv ne sera disponible qu'à partir de 1975 en finitions base ( sans appellation), L et TS (avec une ambiance plus sportive). C'est en 1977 qu'apparait le graal de la série puisque les versions TS et LS (sur commande) de 85cv sont coiffées par une version 1.6 litres à injection de 110cv sous les appellations GTi et GLi. Accusant seulement 810 kilos sur la balance, le 0-100km/h passe ainsi de 11 à 8,8 secondes transformant le Scirocco en bombinette qui plus est fonctionnait avec le nec plus ultra des carburants de l'époque : le super carburant (les autres moteurs tournant à l'ordinaire) ! Si la GTi se caractérisait intérieurement par son tissus au style écossais (relancé d'ailleurs depuis quelques petites années par la marque sur des modèles sportifs actuels) et ces sièges avants avec appuis têtes intégrés, la GLi était axée plus confort avec des teintes et équipements spécifiques et surtout avec son revêtement des sièges en velours avec l'option similicuir possible. Les deux versions recevaient notamment un compte tour et surtout la montre et le thermomètre d'huile dans le bas de la console centrale (photo). En deuxième partie de carrière la finition GT arrivera pour surfer sur la vague GTI naissante et en remplacement des versions initiales LS ou TS. La GTi adoptera pour sa part une boîte à 5 vitesses. Enfin certains se souviendrons peut être de la version GLi Cuir de 1980 qui offrait donc un véritable intérieur cuir en plus d'équipements complémentaires dont le spoiler avant dessiné par Zender.

En 1976, la gamme s'étendait de 26 330F pour la 50cv à 34 420F pour la TS 85 Auto lorsque la Golf allait de 20 590F à 28 490F. En 1977, la GTi s'affiche carrément à  42 100F contre 34 230F à la Golf. Pour vous donner une idée la R17 Gordini était alors à 37 500F et une Ford Capri 36 710F

Sur le plan des options disponibles, outre les grands classiques comme la climatisation, le toit ouvrant ou encore le similicuir, on pouvait cocher d'autres équipements qui semblent aujourd'hui étonnants tels les ceintures avants à enrouleur, des vitres de custodes arrières ouvrantes ou encore le bouchon de réservoir fermant à clé ! Enfin sachez que le fameux volant sport 3 branches était réservé aux versions TS (50 , 70 et 85cv) puis étendu aux GTi et GLi. En son centre apparaissait encore le loup de Wolfsburg.

Bien évidemment, le Scirocco eu droit à différentes séries spéciales essentiellement en Allemagne, Belgique, Grande Bretagne ou USA marché important pour lequel il avait été pensé. Parmis les séries on retiendra certainement la Safari (base de GT avec jantes alu et surtout toit vinyle jusque sur les arches arrières et ouvrant) ou encore la série Alpinweiss (2000 exemplaires) qui comme son nom l'indique était entièrement blanche à l'intérieur comme extérieur avec des jantes aluminium peinte en blanc et un superbe spoiler avant muni de discrets trous de prise d'air tout comme une certaine BMW 2002 turbo !  

Mais comment parler du Scirocco sans parler du sorcier Oettinger ? Oui je vous l'accorde, ce nom est associé à la Golf GTi 16v du début des années 80 et qui vaut aujourd'hui une fortune. Une déclinaison sur le Scirocco Mk2 sera proposé à sa suite toujours avec les 139cv. Mais dès 1975, Oettinger propose des moteurs revus et corrigés pour le Scirocco également et homologables outre rhin avec toutes les finitions et même avec la boîte automatique. Ainsi le 1.6 litres dispose de 85 et 100cv mais retravaillé et porté à 1.8 litres, il propose des puissances de 110 et même 125  chevaux. Mieux : une extrapolation 2.0 litres atteindra les 136cv permettant à la voiture d'effectuer l'exercice du 0-100 km/h en 7,4 secondes pour une vitesse de pointe symbolique des 200km/h !

Enfin sachez que quelques carrossiers se sont essayés en vain dans la création de Scirocco cabriolet avec une capote en toile et une caisse plus lourde du fait des renforts afin d'éviter que le châssis ne vrille. Construits en Angleterre ou en Allemagne, l'une d'elle proposa même sa version réalisée par ces soins ou chez soit sous forme de kit en 1989 soit 8 ans après l'arrêt de la production du Scirocco 1. D'autres vont s'essayer au break de chasse avec l'aide de spécialistes tels Zender ou Kameï. Ce break coatch sera construit à 52 exemplaires seulement.

Fort de son succès, cette première génération de Scirocco sera remplacée au printemps 1981 par une version au design plus moderne. Cette première série dite Mk1 permis à VW de créer une dynamique sur ce segment très tendance à l'époque et d'assoir la réputation de la Golf en se servant du Scirocco lancé 6 mois plus tôt pour tester, mettre au point et surtout fiabiliser toutes les nouvelles pièces dont la mécanique. Au final ce Scirocco sera construit à 504 153 exemplaires et il connut une grande carrière en Allemagne qui absorba un peu plus de 42% des volumes suivi les USA avec presque 30% et l'Europe hors RFA avec 25%. On notera que le Canada qui importa également le Scirocco en version US en immatriculera plus que le reste du monde (hors RFA, USA et Europe évidemment). Rare ce coupé 2+2 ? Avec plus de 500 000 Scirocco quand même au total, il n'a été produit finalement que 42 463 exemplaires de plus que la seule Golf GTi MK1 (1976-1983) !

Même s'il a commencé en 1946, Mr Oettinger s'est forgé sa réputation à cette époque et l'enseigne propose aujourd'hui encore des préparations pour les marques VW, Audi,Seat et Skoda. Ainsi un Scirocco version "R" peut passer de 265 à 310cv ou le 1.4TSi passe de 160 à 210cv. La 2.0TDi de 170 ou 177cv atteint 195cv puisque Oettinger fut le premier à préparer des moteurs diesels à partir de 1992.. 

Valeurs de transactions : Environ 5000 à 9000 € pour un milieu de gamme restauré, 6500 à 7000€ pour un rare cabriolet, largement plus de 10 000€ pour une GTi ou GLi.

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Les phares rectangulaires pour les versions de base, L et LS :teaserbox_51309211

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La version US avec ces pare-chocs spécifiques, son pare brise feuilleté, son rétroviseur droit, et ces réflecteurs latéraux. Rien de tout ça alors en Europe :

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Le Scirocco série Safari :

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et la série Alpinweiss :

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 L'habitacle du Scirocco emprunte bon nombre de pièces de la Golf (boutons, commodos, boîte à gants...) :

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Les séries des "T" à l'habitacle plus sportif et aux appuis têtes avants intégrés aux sièges qui sont revenus à la mode de nos jours (Twingo III...) et au tissus style écossais:

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La boîte auto à 3 rapports proposée à partir de 1975 et jusqu'au millésime 1979 sur les versions 1.5 70 et 85cv puis sur les 1.6 75 et 85cv :

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Une version course revue par Oettinger :

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Deux des rares breaks de chasse Sciwago :

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Le coupé Karman Ghia que le Scirocco va remplacer :

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La maquette 1/4 en soufflerie :

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photos internet