Voiture à vocation présidentielle, la C6 devait enfin marquer le retour de Citroën dans le milieu du très haut de gamme en remplacement de la feu XM disparue du catalogue quelques années plus tôt. Le rêve aurait pu être une version spéciale d'apparat pour le locataire de l'Elysée façon SM Présidentielle ou plus récemment 607 Paladine. Hélas les carrossiers spécialistes comme Chapron ou Heuliez ne sont plus. Tant pis pour la vitrine ! Reste uniquement l'aspect industriel et ces contraintes techniques et nous allons voir que la volonté ne fait, hélas, pas tout dans le succès commercial.

Genève 1999 : la marque aux chevrons expose son concept C6 Lignage. C'est dans la pure tradition historique et en continuant la désignation du moment que Citroën exploite avec opportunisme et ressort alors le sigle C6 qui était synonyme de raffinement et d'élégance sur son modèle du même nom pendant les années 30. Avec plus de 61 000 exemplaires vendus, la C6 première du nom, sortie en 1928 entamait la longue tradition des grandes berlines de la marque et dont la XM (déjà présentée dans mon blog) reste la dernière descendante aux résultats plus que mitigés car avec plus de 333 000 exemplaires écoulés elle était déjà 3 fois moins diffusée que la CX à qui elle succédait. Savant mélange et équilibre entre créativité et clin d'oeil au passé glorieux, cette C6 Lignage préfigure dans les grandes lignes extérieures celle qui aura pour nom de code X6 et qui deviendra au final C6. Longue et large, cette grande berline concept se veut à la fois élégante et sobre mais possède un arrière volontairement tronqué avec une lunette inversée en référence à l'ami 6. L'espace intérieur permet aux occupants avants et arrières d'être choyés servis en toute logique par la fameuse suspension hydropneumatique chère à la marque. Démunie de pieds milieux, avec initialement des caméras en guise de rétroviseurs, cette Lignage profite volontairement d'une surface vitrée très généreuse avec un pavillon fait de chevrons vitrés pur délire de designer. L'habitacle  entièrement revêtu de cuir crème se veut majestueux. Les uniques deux places arrières sont séparées d'une véritable console en bois précieux. La planche de bord, moderne et hightech mais aux allures néo-rétro possède un volant 3 branches fait de cuir et de bois. Cette C6 à l'état de concept présentée en 1999 a alors la lourde tache de devenir le nouveau vaisseau amiral de la marque et de succéder quelques années plus tard à la XM à qui la fin de carrière est déjà programmée pour l'an 2000 !

C'est donc en 2005 seulement que la C6 reprend le relais, l'intérim en 2000 ayant été pris par la modeste C5. Voulue vitrine technologique, Citroën a pour ambition de faire revenir la marque dans les cours des ministères et celle très prestigieuse de l'Elysée où 605 et Vel Satis sont en bonnes places. Pour s'en donner les moyens, la marque sélectionne deux motorisations V6 pour mouvoir sa grande berline. Le V6 qu'on pourrait penser comme principal est le 3.0 litres essence bien connu avec 211cv. Agréable et discret, il fait pourtant pâle figure face aux motorisations allemandes prises pourtant comme référence lors de la conception de la C6. Avec leurs V8 ou V12, les limousines d'outre rhin sont pourtant tranquilles côté performances et prestige. En parallèle, la C6 investit également le marché du diesel devenu très en vogue en proposant le V6 HDi de 2.7 litres de 204cv. Moins puissant que l'essence, ce moteur conçu conjointement avec Ford s'apprécie par sa douceur d'utilisation, sa sonorité relativement agréable et surtout son couple de 440Nm contre 290Nm à la version essence. Associé en toute logique à une boîte de vitesse automatique, cette C6 sera très rapidement le coeur de gamme du modèle tant sa souplesse et son autonomie sur longs parcours colle parfaitement bien à l'idée de salon roulant, la C6 reprenant donc la fameuse suspension hydropneumatique affûtée et devenues depuis quelques années déjà hydractive.

Extérieurement, la ligne de la C6 reprend l'essentiel du concept originel et le second retouché mais roulant cette fois (photo), avec notamment ces phares avants tout en longueur faisant la part belle à un gros logo sur le capot mais aussi à des feux arrières originaux, une lunette arrière concave avec une proue très ramassée.Elle va néanmoins plus loin en supprimant les montants des vitres sur les portes. Cette suppression qui accentue la fluidité de la ligne générale d'une voiture est de temps en temps toujours reprise aujourd'hui sur les coupés ou cabriolets premiums notamment germaniques par exemple. On a ainsi une impression de raffinement. A l'intérieur, l'habitacle se trouve nettement plus standardisé avec une banquette arrière 1/3 2/3 très classique, la suppression de toute la partie centrale avant et arrière du concept et une planche de bord totalement redessinée afin de diminuer sensiblement les coûts de production. La voiture tant que se peut essaye de conserver des éléments spécifiques ou à tendance i-tech tel l'affichage tête haute, l'alerte au franchissement de lignes, le gps couleur associé à de la hi fi JBL, les vitrages latéraux feuilletés,les réglages des sièges avants ou arrières depuis les contres portes (façon Mercedes d'alors), les feux bi- xenon qui sont directionnels (façon DS première du nom) et propose une option qui cadre bien sur le segment : le pack lounge composé de sièges arrières séparés à réglage électriques et du réglage longitudinal électrique du siège avant droit depuis la place arrière droite. Mais ce sur-équipement généralisé a un prix ! Si l'ensemble des équipements cités ci-dessus sont présents de série sur la finition Exclusive (hormis le pack lounge en option à 1300€ ttc...) la barre tarifaire est ...très optimiste. Si le prestige de la gamme C6 était le V6 essence beaucoup ont oublié que c'était bien la version V6 diesel qui était la plus chère avec 54 950€ contre 52 150€ pour l'essence. Le pack Lounge et le toit ouvrant électrique (à 900€) restaient alors en option. Ces sommets tarifaires allaient trouver leur apogée à partir d'octobre 2010 avec la version V6 diesel passée de 2.7 litres à 3.0 litres et de 208 à 240cv atteignant ainsi en finition Exclusive 57 450€ ! Cette motorisation était d'ailleurs la plus plaisante et d'un grand agrément avec un couple de 450Nm. Associé à une boîte automatique ZF à 6 rapports et à la suspension hydractive, la voiture était véritablement à son aise sur la route avec un bon confort mais très typé Citroen. Difficile dans ce cas de faire de la conquête alors même que la marque l'espérait.  

Voilà pour ce qui est de la vitrine de la C6. L'envers du décors lui pourtant quelque peu plombé sa carrière. Outre sa ligne à vocation statutaire, on aime ou on n'aime pas mais elle ne laisse pas indifférent au premier coup d'oeil. Après quelques années de recul, force est de constater qu'on a tendance à la mettre dans le même groupe très controversé d'une Renault Vel Satis, Lancia Thesis (déjà traitée dans mon blog) ou d'une Opel Signum (également traitée). Là où le bas blesse largement se situe à l'intérieur. Qualité des matériaux, qualité d'assemblage, cette C6 vieillit mal voir très mal dans le temps au niveau de certains commodos (les vitres électriques, rétro électriques) par exemple. Et summum  en plus des différents commodos repris des différents modèles du groupes (C5, 308,...) la clé principale de cette voiture à plus ou moins 50 000€ au catalogue, avec insert repliable (qui peut se casser en deux dès 15 000 kilomètres) est la même qu'une simple C2 ! 

Espérée voiture présidentielle, la C6 rentrera de force dans la cour de l'Elysée et dans certains ministères, mais cela ne servira pas sa maigre carrière. Pour tenter de séduire la voiture sera déclinée avec une motorisation diesel moins prestigieuse et donc moins chère. En plus du V6, la marque adaptera pendant un temps le 4 cylindres 2.2HDi bi turbo de 173cv. Muni d'un petit et d'un gros turbocompresseur, ce moteur au couple maxi de 370Nm, aura une courte carrière dans le groupe car rapidement rattrapé par l'évolution des normes Euros (moteur remplacé par un 2.0 litres 160cv environ mono turbo Euro 5). Disponible entre septembre 2006 et septembre 2010, ce moteur 2.2 était proposé sur la C6 mais aussi sur l'ancienne et la nouvelle C5, le C8, la 407, la 607 et bien sur le 807 cousin du C8. Avec des finitions largement inférieures à la version dite Exclusive, la C6 sera proposée en finition Lignage ou Business, y compris dans une version de base sans nom spécifique dans laquelle la voiture perdait très gros en équipements afin de proposer un tarif catalogue sous la barre symbolique des 40 000€ (39 400€ exactement) en boîte mécanique (la bv auto était également disponible mais à plus de 40 000€). A ce prix seule la climatisation bizone, les feux xénons et les jantes alu de 17'' sont conservés. Exit  cuir, gps couleur, sièges électriques, affichage tête haute,...la C6 semble alors nettement moins clinquante !

Lors de sa carrière, elle ne connaîtra qu'une très légère évolution de sa ligne en 2010 pour tenter de relancer ces volumes (reconnaissable uniquement à la forme des sorties d'échappement), et seule une série spéciale pour le Japon est répertoriée en 2007. Dénommée "Silver Style Edition" elle était uniquement grise évidemment et avec le V6 essence (le diesel est réservé aux poids lourds là bas) associé à la boîte automatique. Ces mêmes japonnais seront les seuls à présenter une version remaniée et ré-interprétée de la voiture avec des lignes faisant penser à la CX par exemple (photo).  La C6 en version essence V6 sera d'ailleurs retirée définitivement du catalogue français dès juillet 2009. Il faut dire qu'à l'époque cette motorisation n'était pratiquement plus demandée à tel point que la cadence de production de la Française de Mécanique n'était plus que 12 blocs/jour pour ce V6 et ce pour tous les modèles du groupe PSA !

Seules quelques versions blindées seront homologuées et transformées par les spécialistes du secteur. L'une d'elle était réservée pour le Président de la République Française. Les autres l'étaient à titre privés. Si le blindage s'oblige à coller au maximum au visuel d'origine par sécurité, les vitres des portes recevaient des cadres du fait de l'épaisseur des vitrages, la C6 perdant de ce fait une de ces particularité qui était un autre clin d'oeil à la DS.

Commercialisée avec l'espoir d'immatriculer 25 à 30 000 C6 par an en Europe, seuls au total 23 384 exemplaires sortiront des chaînes de production de  Rennes La Janais mettant le site historique en péril au point qu'une menace de fermeture a plané pendant un temps. Le côté du style avant-gardiste à tendance baroque n'a pas séduit, l'année la plus faste de production ayant été 2007 avec 7600 C6 produites et la pire 2011 avec 1029 exemplaires (2005 avec 400 C6 ayant été une fin d'année de lancement plus que tronquée). Sur le marché Français, sur les 6 premiers mois de 2009, il s'était vendu 400 C6 contre 1450 Audi A6 c'est tout dire. A partir de 2010, seules deux C6 étaient produite par jour....l'usine ne sortant alors que des C5 vieillissantes pour compléter son activité et chargées de lui succéder.

La C6 n'a pas eu de réelle héritière chez nous pour plusieurs raisons : la marque n'a pas souhaité se relancer sur le segment, le groupe a lancé depuis la marque haut de gamme DS sensée prendre la place "prestige" du groupe, et la mode s'est mise au SUV. Seule la Chine plus traditionnelle et friande de berline longues à coffre connaît une nouvelle C6 (photo). Fabriquée entièrement sur place elle est motorisée par des moteurs 1.6 et 1.8 turbo dits THP pour des puissances respectives de 167 à 204cv. Le moteur 1.8 litres extrapolé du bloc 1.6 litres va arrivé chez nous et c'est lui qui sera associé à une version électrifiée hybride rechargeable pour fournir jusqu'à 300cv cumulés sur les DS7 et 3008.

Valeur de transaction pour de petits kilométrages : 2.2 HDi 5 à 6000€ / V6 HDi 8 à 10 000€ suivant la cylindrée / V6 essence très rare sur le marché à priori 15 à 16 000€

La C6 nouveau vaisseau amiral de la marque aux chevrons :

Citroën_C6_front_20100327

La C6 lors du Mondial de l'auto 2010 avec son très surprenant pavillon avec un damier en covering totalement décalé avec le produit :

600_450_44c695e44f303a896ebe6d31

La C6 Phase 2 à partir de 2010 avec sa nouvelle sortie d'échappement :

4035d88e-9eae-4cd3-922c-85de01e080c4_citroen-c6-2-2-hdi-exclusive

L'habitacle qui sonne creux fait de cuir et surtout de plastic et de faux bois :anuncio-347543-5-citroen-c6-22-hdi-170cv-business-cas-170cv-4p

Une ambiance bi color réhaussait un peu l'aspect :

 

cec8a2fd-f323-461e-8f32-f9abe4f17ca0_citroen-c6-2-7-hdi-v6-204-cv-06

La version de base boîte mécanique d'une incroyable tristesse :

citroen-c6-3-0-v6-hdi-fap-56717

Le bouton de l'accoudoir central arrière du pack longe permettant d'avancer le siège avant droit depuis la place arrière :

C6-HDI-240-V6-Exclusive_5017

Le moteur V6 HDi (ici sur une C5 tout le monde l'aura reconnu !) :

C6-HDI-240-V6-Exclusive_5006_Moteur

Le 2.2 litres HDi de 173cv :

cfphoto_num_00111_c--_151

Et le très rare V6 essence :

maxresdefault

 

Le C6 présidentielle blindée et ces protières spécifques :

cover-r4x3w1000-58fa183b9361a-000-dv1167074

Avec ces vitres totalement remaniées :

citroen-c6-blindee-detail-porte-passager

 

La C6 revue par les japonnais :

c6_11-2fca8f1

La C6 chinoise basée sur une nouvelle plate forme :

maxresdefault

Et à l'arrière aux allures d'ancienne C5 :1200_800_5d20b1425edd877f00b6f8fa

Le concept C6 Lignage

14133534721_019482a295_b

Avec son toit panoramique en forme de chevrons :

1340731320

Et son habitacle de salon :

lignage-03

 photos internet