Oublié fort justement avec le temps et son style au carré, le Nissan Prairie est pourtant l'un des tout premiers monospace du marché alors que l'histoire retient avant tout le Chrysler Voyager et surtout le Renault Espace.

Tout débute à la fin des années 70 loin du Japon puisque Giugiaro le célèbre centre de style italien Ital Design élabore un concept pour la marque Lancia en difficultés financières et sur le point d'être reprise par le groupe Fiat. Si le produit séduit en interne chez Lancia et y compris chez le futur acquéreur de la marque, la haute direction Fiat ne croit finalement pas au concept aux allures d'utilitaire vitré et au budget nécessaire conséquent que le groupe n'avait pas alors. Exposé lors du salon de Turin de 1978, le concept qui se nomme alors Megagamma sucite à peine la curiosité du visiteur et encore moins de la presse spécialisée alors même que la France propose sur son marché pourtant très traditionnel un objet décalé dans la même optique d'une jeune marque d'alors : la Matra (Talbot) Rancho (déjà traité dans mon blog). Fiasco sur le plan de la notoriété, l'idée Lancia tape pourtant dans l'oeil de la marque Nissan à la recherche d'idées pour conquérir le marché européen. Dérivé de la berline Lancia Gamma de l'époque, ce Megagamma est une suite logique dans la démarche intellectuelle d'Ital Design qui avait présenté avec Alfa Roméo en 1976 à New-York un prototype pratique et compacte avec porte latérale coulissante en réponse à l'appel d'offre d'alors concernant le renouvellement du fameux taxi jaune Newyorkais. Resté sans lendemain, l'idée était donc retravaillée et repensée par Italdesign avec non plus pour base un vieux châssis utilitaire Alfa (le F12 sorti au milieu des années 50), mais une berline plus moderne. Plancher haut et plat, accès faciles, motorisation à plat (le 4 cylindres 2.5 litres boxer utilisé sur la Gamma), plus court que la berline dont il dérive, le Megagamma se veut à  vocation familiale.

Restée sans lendemain, cette étude a donc été retenue par Nissan qui souhaite se développer sur le marché européen. Les lignes et aspect général sont repris du concept Lancia, et du concept Alfa est repris l'idée de la porte latérale coulissante. Cette approche va donner naissance au Nissan Prairie l'un des premiers monospace moderne. A l'époque la marque Nissan n'est pas encore vraiment commercialement exploitée mais elle est plus connue sous l'entité Datsun. L'approche mondiale du groupe nécessite une uniformisation. L'enseigne Nissan doit donc se développer et les projets portent désormais son nom. C'est donc à Tokyo fin août 1982 que le Prairie est présenté sous la marque Datsun avant de passer très rapidement sous le nom de Nissan allant même jusqu'à mettre des autocollants sur la marque "Datsun" indiquée sur la gauche du bloc compteurs (photo), les pièces badgées Nissan mettant du temps à être produites et n'étant pas encore disponibles à l'assemblage en usine. Etroitement dérivée de la berline Sunny, c'est la première voiture de production reposant sur le concept de grande capacité et de modularité de l'espace intérieur. Sa carrosserie break haute de 1.60 m possède un volume habitable record permettant d'acceullir jusqu'à 8 personnes aidé pour son accès à bord par un hayon pour le coffre et par des portes latérales coulissantes dévoilant au passage l'abscence de pied milieu fait très rare dans l'industrie automobile. Son design quelque peu cubique étonne sur un marché alors très classique et traditionnel en Europe ou elle devra se contenter de 5 places mais avec possibilité de transformer la banquette arrière en lit avec les sièges avants. Les autres particularités de la Prairie étaient son équipement avec la direction assistée de série par exemple, ces rangements avec des bacs sur glissières sous les sièges avants ou encore son seuil de chargement bas du fait que la partie centrale du pare choc arrière était intégrée au hayon à grande ouverture. Si le Japon a droit à la version 8 places et 1.8 litres de 100cv en boîte mécanique et automatique, l'export doit se contenter d'une version dégonflée à 88cv voir,certains marchés, d'un 1.5 litres de 70cv bien faible pour l'engin. La France n'a alors droit qu'à une unique version pour un prix de quasiment 80 000F (équivalent à 15 000€ d'aujourd'hui) soit le prix d'une R9 Turbo de l'époque. On l'a oublié mais en 1984 et jusqu'en 09/89 la tva était de 33.33% avant de descendre à 28% ensuite !!  C'est à l'automne 1985 que les évolutions 4x4 et 2.0 litres 91cv sont présentés. La version 4x4, certes pratique sur certains terrains était plus lourde du fait de sa transmission jumelée au poids du seul moteur disponible (2.0 litres), la caisse avait  alors tendance à vriller du fait de l'absence de pied milieu. Le Japon eu accès à différents accessoires spécifiques permettant même de transformer la Prairie en camping car. Une Prairie avec un leger lifting a été toutefois été mis sur le marché en 1986.

Dommage que le Prairie n'ai pas eu droit à des motorisations plus performantes, car Nissan possedait alors, par exemple, un petit 1.5 litres turbo qui développait 115cv. Assez glouton à l'usage sur une berline de la marque, ce moteur aurait certainement eu des conséquences importantes sur les consommations et l'autonomie de ce premier monospace compact tout carré. En 1987, la Sunny était rattrapée par la mode sportive et déclinée en GTi avec sous son capot un moderne 1.6 litres 16v turbo de 122cv fait d'astuces mécaniques pour optimiser ces capacités. Jugé limite de part le poids de la berline, le Prairie aurait pu, peut être, mieux s'en sortir avec ces 100 kilos de moins. 

Si 1984 marque le lancement commercial du Nissan Prairie, une autre marque a tenté cette même année une approche sans trop le savoir sur le même créneaux. Il s'agit d'Alfa Romeo. La marque ayant renouvelée son Alfasud par la 33 en début de décennie, elle donne son accord à son bureau de style historique Zagato pour lui proposer une étude fraîche et plutôt innovante sur la base de la berline. Exposé au Salon de Turin de 1984, cette approche sera vite mise au placard tant elle elle est décriée et ne correspond pas à l'image de sportives racées qu'entretien encore la marque. Il faut dire que cette 33 Free Time ( ou Tempo Libero) de 4.08 mètres seulement est un véhicule de loisir compact mais à grande capacité proposant 6 voir 7 places modulables (systèmes de sièges repliables) de 1.60 m de haut (contre 1.30 m pour une 33 classique) taillé à la serpe et 3 portes.Motorisé par le 4 cylindres 1.5 litres Alfa à plat de 85cv, cette AR Z 33 FT devait être capable de 165 km/h en pointe. Une extrapolation 4x4 aurait même pu être envisagée puisque la 33 classique existait alors en transmission intégrale transformant alors le monospace en SUV. L'histoire en décidera autrement, le concept n'aurait sûrement pas séduit car trop en avance sur son temps. Il faudra attendre 2017 pour voir apparaître le premier SUV Alfa : le Stelvio.

Pour  ce qui est du Nissan Prairie, il a été importé en France entre juillet 1984 et juin 1989 et les volumes globaux de ces ventes ont permis au constructeur d'envisager une seconde génération du produit. Exporté également outre Atlantique ce Prairie portera le nom de Stanza Wagon aux USA et Multi au Canada. Son succès permis donc à la marque de proposer un Prairie de deuxième génération (1988-1998) avec des moteurs essence 2.0(99cv) et 2.4 litres (133cv), des versions 2x4 et 4x4 y compris en France et même une troisième (1998-2004) qui ne concernera pas la France, notre gamme ayant eu le Serena à l'aspect nettement plus utilitaire et qui à partir de 1993 avait la lourde tache de remplacer le Prairie et la Vanette relayé un temps par l'Almera Tino. Que reste t-il du Prairie aujourd'hui ? Pas grand chose puisque qu'aujourd'hui, en Europe, c'est le Nissan NV 200 qui se rapproche le plus du volume, de la compacité et de la modularité du Prairie. Reste que si ce NV 200 est disponible avec un moteur thermique ou électrique, ce n'est ni plus ni moins un utilitaire en habits de ville. Au Japon par contre, outre la troisième génération de Pairie proposée jusqu'en 2004, la succession a été assurée par le Lafesta 1 (2004-2012) qui reprenait comme châssis celui de la Megane et Scenic du moment puis depuis 2011 par le nouveau Lafesta qui repose cette fois sur une base de Mazda Premacy (photo).

Valeur de transaction : jusqu'à 1000 € en bon état et 7 places. Nettement moins sinon.

 

Le Prairie du début avec ces rétroviseurs positionnés sur les ailes avants façon Range Rover de 1977 :

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Une rare version 4x4 indisponible en France :

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L'accès, le volume disponible et la modularité unique à l'époque dans la production automobile :

 

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Le Japon avait droit à une quantité incroyable d'équipements ou accessoires au point d'avoir un véritable camping car :

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Le bloc compteur minimaliste de la Prairie. Notez la marque Nissan indiquée sur le cercle à gauche :

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La planche de bord des premiers modèles : Le volant est badgé "Prairie" et un autocollant est posé sur le même cercle de gauche cachant ainsi le "Datsun". Notez la commande de bva au volant et les rétrovieurs extérieurs au bout du capot :

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L'héritier : le Mazda Premacy rebadgé Nissan Lafesta :

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Le Lancia Megagamma pris comme idée de base et rejeté par Fiat nouveau propriétaire de Lancia :

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Le projet de Taxi pour New York d'Ital Design en 1976 :

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L'approche de l'Alfa Romeo Free Time de la même période resté sans lendemain :

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photos internet